Matricule des anges pirates par François Bon de remue.net

« Aujourd’hui, communiquer, c’est coloniser. »

« Offrir au cerveau une langue carcérale qui enferme, en un réflexe pavlovien, le sentiment du vécu dans des cases soporifiques. »

Extrait du bulletin du 14-11-2003 :
Matricule pirate 1, l’édito

Michel Leiris écrivait « éduquer, c’est coloniser », force est de constater que la colonisation a trouvé d’autres verbes.
Aujourd’hui, communiquer, c’est coloniser.
A ce que nous vivons, il nous est nécessaire de poser les mots pour le dire, le comprendre, le changer peut-être.
Les vieilles dominations agissaient sur le monde : le travail, la famille, l’ordre étaient convoqués pour définir les paramètres du réel qu’on nous façonnait. Immense entreprise dont la Shoah et tous les camps de concentration du monde sont les produits odieux.
Il y a plus subtil : agir sur la représentation du monde.
Fini le réel : il suffit aujourd’hui d’interférer sur les mots qu’on met sur le monde. Offrir au cerveau une langue carcérale qui enferme, en un réflexe pavlovien, le sentiment du vécu dans des cases soporifiques.
Pour guider les petits moutons lexicaux sur le bon chemin, la modernité a trouvé une allée qu’elle nourrit avec une frénésie pré-pubère, la peur. De la peur du gendarme, des terroristes, les raisons de s’effrayer sont avancées dans le langage plat mais répétitif des médias.
Comme le dit Valérie Rouzeau, il convient que nous « dé-pensions » : la panique est une merveilleuse manière de rendre idiot. © Matricule n° 48, extrait de l’éditorial de Thierry Guichard

site du matricule des anges
remue.net

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